Archives pour la catégorie 03-L’Ouest Américain et ses parcs

Extraits de Désert solitaire

Quelques citations de Désert solitaire d’Edward Abbey apparaissent dans ce blog. En fait, Edward A. nous a accompagné tout au long de nos visites des parcs nationaux de l’ouest américain. J’ai bien aimé son livre et vous laisse pèle-mèle d’autres extraits dont j’ai corné les pages, pour ceux que ça intéresse.

« Je ne suis pas ici seulement pour échapper un temps au tumulte, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l’existence, à l’élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutien. »

« Un homme à pied,  à cheval ou à vélo voit plus, sent plus et savoure plus de choses en un seul mile qu’un touriste à moteur en cent. Mieux vaut flâner deux semaines dans un parc qu’essayer d’en voir douze à toute vitesse pendant le même laps de temps. »

« Nous nous soucions du temps. Si nous pouvions apprendre à aimer l’espace aussi profondément que nous sommes aujourd’hui obsédés par le temps, nous découvrirons peut-être un nouveau sens à l’expression vivre comme des hommes. »

« Une autre chose est sûre. Les indiens précolombiens du Sud-Ouest qui chassaient, taillaient des pointes de flèches, partaient en expéditions de collecte de sel ou s’occupaient à d’autres choses encore, jouissaient à l’évidence de beaucoup de temps libre. C’est un constant louangeur pour l’économie de la chasse et de la cueillette, et pour la culture qui va avec, qui encourageait les indiens à utiliser leur liberté pour la création et le partage d’un art durable. Non entravés par la nécessité de consacrer l’essentiel de leur vie à la production, distribution, vente et à l’entretien de machines destinées à permettre de travailler moins, privés d’équipements de loisirs dignes de ce nom, ces sauvages primitifs étaient libres de faire ce qui est aussi naturel à l’homme que de faire l’amour : graver des images. »

« Issus d’une tradition qui place le partage et la solidarité au-dessus de l’intérêt privé, le Navajo trouve assez immoral qu’un homme prospère tandis que ses voisins trimardent. Si un membre de la tribu parvient à briser ce schéma –grâce à un coup de chance, à son talent ou à une formation spéciale- et se trouve une niche dans la société riche, il peut également s’attendre à voir les membres de sa famille et de son clan camper sur sa terrasse, chasser dans sa cuisine, emprunter sa voiture et occuper ses chambres à coucher à toute heure du jour et de la nuit. Les Navajo tiennent l’hospitalité et la générosité dans l’hospitalité comme allant de soit, et l’égoïsme est considéré avec horreur. Doit-on vraiment s’étonner, dès lors, que traînant le boulet d’attitudes si primitives, les Navajo n’aient pas encore réussi à s’intégrer dans notre style de vie ? »

Autour de la définition de « wilderness » :

«Nous savons à peine ce que nous entendons lorsque nous prononçons ce mot, mais le son qu’il fait attire tous ceux dont les nerfs et les émotions n’ont pas encore été irrémédiablement abrutis, engourdis, tués par le rut du commerce, la course frénétique pour le profit et la domination. […] La wilderness peut-elle se définir dans les termes de l’officiel sabir gouvernemental comme simplement « un minimum de 5000 acres contiguë de zone sans route » ? […] C’est insuffisant, il se joue là quelque chose d’autre. […]  Mais l’amour de la nature sauvage est plus qu’une soif de ce qui est toujours hors d’atteinte ; c’est aussi une affirmation de loyauté à l’égard de la terre, cette terre qui nous fit naître, cette terre qui nous soutient, unique foyer que nous connaîtrons jamais, seul le paradis dont nous ayons besoin –si seulement nous avions les yeux pour le voir. »

H.

Désert -Fin-

« Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles des pieds, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre, vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C’est poussiéreux ? Bien sûr que c’est poussiéreux –c’est l’Utah ! Mais c’est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l’Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! » Edward Abbey, Désert solitaire.

Avant de présenter la suite, il me faut d’abord clore le chapitre du désert, vous saurez bientôt pourquoi.

Je voudrais raconter notre passage dans le désertique Sud-Ouest américain du point de vue climatique. Je ne sais pas si je rendrai bien nos impressions, mais il faut bien essayer. Aussi, je partirai de notre petit quotidien. Evidemment, il y a la question de l’eau qui est centrale. Tant que notre réserve d’eau est pleine, on a l’esprit tranquille, mais il faut toujours se projeter sur les jours futurs. Qui sait quand on aura l’occasion de remettre ce précieux liquide au niveau max ? Comme on l’a déjà évoqué dans l’article de Sequoia N P, tous les campings ne proposent pas l’accès à l’eau (du moins pas les campings bon marché !). On ne sait donc pas par avance si on peut être cool ou plutôt économe dans la gestion de cette ressource. Les postes principaux utilisant de l’eau sont la douche, bien sûr, la vaisselle et la cuisine, mais surtout la boisson – l’eau devant être potable (caractéristique supplémentaire souhaitable, bien que l’on ait nos fameuses pailles filtrantes).

Pour la vaisselle, j’opte vite pour le sopalin/serviettes papier/et même papier toilette pour pré-nettoyer les assiettes. Ce nettoyage à sec permet de diminuer substantiellement la quantité d’eau, d’autant plus que nous ne chauffons pas d’eau, d’un, par soucis d’économie, et de deux, parce qu’il serait aberrant de rajouter des calories là où il y en a déjà en excès (ce serait comme allumer un feu de bois en plein cagnard !).

Pour la douche, on a vite appris à être efficace. Je n’ai pas mesuré la quantité d’eau utilisée en moyenne, mais elle a bien diminuée comparé à notre standard gursois. Le problème principal reste les cheveux. Ce qui, en revanche, est très pratique, c’est que les serviettes de bain ne sont plus très utiles : on apprécie le pyjama posé à même la peau qui nous diffuse encore pour un temps un peu de fraîcheur !

Boire de l’eau, qu’ils disent ! Dans chaque parc, on nous répète qu’il faut boire 1 gallon d’eau par jour et par personne, soit environ 4 litres ! Soit 16 litres pour nous 4 par jour ! Ça en fait des bouteilles à surveiller, à transporter dans les sacs à dos dans les randonnées… !  Boire de l’eau, en tous cas, devient une friandise, chaque gorgée un privilège, une gratification pour les efforts fournis. Et si cette eau vient de notre congélateur qui fait parfaitement son office, alors le plaisir est accru, et jusque loin dans la balade, l’eau reste rafraichissante.

L’autre pendant du désert est sa poussière : La poussière soulevée par les pas qui rentre dans les chaussures, dans les chaussettes, et fait aussi son entrée dans le camper. On balaye comme des maniaques ! Heureusement que la surface à surveiller est petite ! Quant à marcher pieds nus –ceux qui me connaissent savent j’en suis adepte !- il n’en est pas question. Quand bien même il y aurait de l’herbe –oh miracle !- tout est tellement sec que c’est dangereux de sortir de ses chaussures ! (C’est ainsi que l’empreinte des sandales se dessine inexorablement sur la peau !) Et je ne parle pas des cactus qui foisonnent et sèment leurs aiguilles aux alentours ! Du coup, s’asseoir par terre est aussi très risqué !

« En ce moment de stase, même les bêtes d’élevage […] sont suffisamment sensées pour se tenir peinardes à l’ombre. De toutes les bêtes sans plumes, seul l’homme, enchaîné aux fers de l’horloge qu’il a lui-même bouclés, nie le feu élémentaire et poursuit ses activités du mieux qu’il peut, souffrant en silence, martyr de sa propre folie. Cette espèce a encore beaucoup à apprendre. » Edward Abbey, Désert solitaire.

Ah oui, tiens ! Il y a aussi une question de température ! Il est plus sage de randonner le matin ou le soir. La plupart du temps, on se plie à la règle. Mais il nous arrive aussi, comme tant d’autres touristes, d’enchaîner les « trails »,  et si on prévoit de faire un trail de 5 ou 6 h, de partir à la pire heure : 13h ou 14h ! Il faut savoir qu’ici le soleil se couche plus tôt qu’en France et à 20h la nuit s’installe. Quant au sous-tif, c’est un sacré supplice ! La transpiration y est multipliée par je ne sais combien ! Le moins pire des vêtements, assurément, est l’habit ample. Je regrette de ne pas avoir emporté la sorte de boubou d’Asie de maman !

C’est ainsi qu’après plusieurs jours de petites privations de confort, nous nous offrons un camping « full hookup », c’est-à-dire connecté à l’eau et à l’électricité. Qui dit électricité illimitée, dit économie de gaz (plus besoin de faire tourner le générateur pour avoir la lumière et l’eau –qui nécessite une pompe à eau !), lumière à volonté (tout d’un coup, notre campeur s’est illuminé de l’intérieur de tous ses feux !), frigo, ordi, cafetière, grille-pain et climatisation ! D’habitude, il faut démarrer le générateur pour utiliser les 3 derniers éléments. En plus du bruit que cela provoque, le grille-pain ajoute de la chaleur. Il est donc impensable de l’allumer dans l’atmosphère étouffante de l’été que nous vivons… à moins qu’on n’ait la clim !!! C’est là qu’on abuse du confort : on grille les tartines, on refroidit l’air simultanément. Royal ! Complètement anti écologique ! Le summum du paradoxe, c’est que dans certains campings, il est précisé qu’ils ne veulent pas de linge qui sèchent sur le fil ! Le laundry est forcément équipé de sèche-linge ! Dans ce pays où le soleil sèche un jean en quelques minutes, il est aberrant de faire tourner ces machines ! Dire qu’en plein Béarn nous boycottions déjà le sèche-linge ! Il nous parait criminel de rajouter de la chaleur à l’air ambiant ! On installe donc un fil à linge improvisé en travers du camper, on éteint la clim’ une heure ou deux et on accepte de partager notre espace vital avec cette guirlande.

Il va sans dire que la vaisselle se fait tout à coup avec moins de réflexions, tout comme les douches ! Et donc avec plus de gaspi’. On est indécrottables ! Chassez le naturel, il revient au galop ! Je dis ça, mais ce n’est pas totalement vrai : le manque d’eau alentours nous fait trop mal au cœur pour en abuser.

Ces lignes sont plutôt difficiles à écrire depuis l’endroit où je les écris : ici, dans le Wyoming, il fait presque froid et un orage s’abat sur Bob the snail.

H. (27/08/2014)

Arches NP

Nous nous retrouvons sur les terres d’Edward Abbey (merci Yannick), l’écrivain, le décrivain du désert du plateau du Colorado. C’est, inspirés par ses paroles, que nous visitons ce parc.

Mais pour y arriver, petite traversée de Monument Valley

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Et du village de Mexican hat:

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Petit avant goût de ce qui nous attend avant même d’entrer dans le parc.

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Mais comme d’habitude on arrive le week-end, tous les campings du parc et des environs sont full, on se rabat sur un RV park avec le full hookup (eau+élec+égout) à 30 $. Wifi ( très petit débit, sautant tout le temps, inutilisable, comme souvent ici), et piscine très appréciée.

On bouge de bon matin… vers 11h, y’en a marre de se lever tôt! Ce qui fait que l’on commence notre premier trail à 13h30 au fond du parc, par 100°F = 37°C, avec de quoi manger et surtout boire, sur le dos (8l en tout).

Landscape trail, Double O Trail, Primitive Trail, tout en bifurquant voir Tree pines Arch et Tunnel Arch,  soit environ 7 Miles (11 km) de marche à la meilleure heure de la journée. On finit un peu fatigués vers 18h. Mais ça valait la coup.

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Toutes ces arches se sont formées grâce à du sel emprisonné sous la roche, qui a ensuite migré sous la pression des couches supérieures, jusqu’à se retrouver bloqué par une faille. Il monte alors sous la forme d’un dôme, déforme et casse les couches de grès au dessus de lui en écailles. La pluie aidant le sel se dissout, tout s’effondre, s’érode et on se retrouve avec un terrain propice à la formation d’arches naturelles ( plus de 2000 ici).

Sur le primitive trail, heureusement que nous étions quatre à chercher les cairns, il y avait moyen de se perdre dix fois, ce qu’ont fait plusieurs personnes ce jour là. Cela dit les américains ont une autre conception du cairn, une conception plus « I Was Here ».IMG_2972

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Nous n’ avons pas pu s’empêcher de faire un peu de bloc spéléo,

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De se faire des bisous, le cadre s’y prête aussi.

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IMG_3013 De survoler des dunes de boue centimétriques.

IMG_3019 De croiser le vaisseau d’Albator, Albator, le capitaine corsaire…

IMG_3016 De prendre des risques inconsidérés.

IMG_3027 De s’essayer à l’art.

IMG_3028 Et de jouer les naturalistes en herbe, en carotte devrions nous plutôt dire là.

Quelle belle journée! Mais il ne sera pas dit que nous sommes partis d’Arches sans avoir vu le coucher du soleil sur Delicate Arch. Mais le parking est plein, d’autres auraient-ils eu la même idée que nous? Pas grave, trail quand même. Et puis comme c’est assez tard, le soleil rase déjà l’horizon, donc course. Ce trail est qualifié de « strenuous » sur le guide, il fait trois miles ( 4.8 km) et grimpe. Pas grave, course quand même. Je prends l’appareil photo et c’est parti! Et devinez quoi?

Le soleil a gagné! De peu.

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On se remet, on grignote, on attend les étoiles, on est bien.

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Redescente un peu sport dans le noir avec une frontale.

Arrivée à 22h30 sur le parking, il est quasi vide, on y reste pour dormir. C’est interdit, mais on est un peu fous… re…bus. Après tout après 10 miles de marche en une après-midi torride et une soirée, il y a de quoi.

Nous nous réveillons donc sur le dit parking, direction Windows trail et Double Arch trail, qui n’en sont pas vraiment, des trails, tout juste de petites balades, mais les arches elles, elles sont bien là et bien belles.

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IMG_3103Un petit coucou au rocher qui se balance et c’est déjà le temps de redescendre sur le plancher des vaches (nous étions perchés sur le plateau), et d’aller obtenir les badges des enfants, avec les félicitations,… les Arches ça inspire. Nous voilà repartis pour la suite du périple.

F.