Désert -Fin-

« Enlevez un peu vos chaussures, descendez la braguette, pissez joyeusement, plantez les orteils dans le sable chaud, éprouvez-moi cette terre crue et rude, cassez-vous un peu les ongles des pieds, que du sang coule ! Et pourquoi pas ? Bon sang, Madame, ouvrez-moi cette fenêtre, vous ne voyez rien du désert si vous ne le sentez pas. C’est poussiéreux ? Bien sûr que c’est poussiéreux –c’est l’Utah ! Mais c’est de la bonne poussière, de la bonne poussière rouge de l’Utah, riche en ferraille, riche en raillerie. Coupez-moi ce moteur. Sortez de cette caisse de tôle et étirez un peu ces jambes variqueuses, enlevez votre soutien-gorge et prenez un peu de soleil sur vos vieux trayons ridés ! » Edward Abbey, Désert solitaire.

Avant de présenter la suite, il me faut d’abord clore le chapitre du désert, vous saurez bientôt pourquoi.

Je voudrais raconter notre passage dans le désertique Sud-Ouest américain du point de vue climatique. Je ne sais pas si je rendrai bien nos impressions, mais il faut bien essayer. Aussi, je partirai de notre petit quotidien. Evidemment, il y a la question de l’eau qui est centrale. Tant que notre réserve d’eau est pleine, on a l’esprit tranquille, mais il faut toujours se projeter sur les jours futurs. Qui sait quand on aura l’occasion de remettre ce précieux liquide au niveau max ? Comme on l’a déjà évoqué dans l’article de Sequoia N P, tous les campings ne proposent pas l’accès à l’eau (du moins pas les campings bon marché !). On ne sait donc pas par avance si on peut être cool ou plutôt économe dans la gestion de cette ressource. Les postes principaux utilisant de l’eau sont la douche, bien sûr, la vaisselle et la cuisine, mais surtout la boisson – l’eau devant être potable (caractéristique supplémentaire souhaitable, bien que l’on ait nos fameuses pailles filtrantes).

Pour la vaisselle, j’opte vite pour le sopalin/serviettes papier/et même papier toilette pour pré-nettoyer les assiettes. Ce nettoyage à sec permet de diminuer substantiellement la quantité d’eau, d’autant plus que nous ne chauffons pas d’eau, d’un, par soucis d’économie, et de deux, parce qu’il serait aberrant de rajouter des calories là où il y en a déjà en excès (ce serait comme allumer un feu de bois en plein cagnard !).

Pour la douche, on a vite appris à être efficace. Je n’ai pas mesuré la quantité d’eau utilisée en moyenne, mais elle a bien diminuée comparé à notre standard gursois. Le problème principal reste les cheveux. Ce qui, en revanche, est très pratique, c’est que les serviettes de bain ne sont plus très utiles : on apprécie le pyjama posé à même la peau qui nous diffuse encore pour un temps un peu de fraîcheur !

Boire de l’eau, qu’ils disent ! Dans chaque parc, on nous répète qu’il faut boire 1 gallon d’eau par jour et par personne, soit environ 4 litres ! Soit 16 litres pour nous 4 par jour ! Ça en fait des bouteilles à surveiller, à transporter dans les sacs à dos dans les randonnées… !  Boire de l’eau, en tous cas, devient une friandise, chaque gorgée un privilège, une gratification pour les efforts fournis. Et si cette eau vient de notre congélateur qui fait parfaitement son office, alors le plaisir est accru, et jusque loin dans la balade, l’eau reste rafraichissante.

L’autre pendant du désert est sa poussière : La poussière soulevée par les pas qui rentre dans les chaussures, dans les chaussettes, et fait aussi son entrée dans le camper. On balaye comme des maniaques ! Heureusement que la surface à surveiller est petite ! Quant à marcher pieds nus –ceux qui me connaissent savent j’en suis adepte !- il n’en est pas question. Quand bien même il y aurait de l’herbe –oh miracle !- tout est tellement sec que c’est dangereux de sortir de ses chaussures ! (C’est ainsi que l’empreinte des sandales se dessine inexorablement sur la peau !) Et je ne parle pas des cactus qui foisonnent et sèment leurs aiguilles aux alentours ! Du coup, s’asseoir par terre est aussi très risqué !

« En ce moment de stase, même les bêtes d’élevage […] sont suffisamment sensées pour se tenir peinardes à l’ombre. De toutes les bêtes sans plumes, seul l’homme, enchaîné aux fers de l’horloge qu’il a lui-même bouclés, nie le feu élémentaire et poursuit ses activités du mieux qu’il peut, souffrant en silence, martyr de sa propre folie. Cette espèce a encore beaucoup à apprendre. » Edward Abbey, Désert solitaire.

Ah oui, tiens ! Il y a aussi une question de température ! Il est plus sage de randonner le matin ou le soir. La plupart du temps, on se plie à la règle. Mais il nous arrive aussi, comme tant d’autres touristes, d’enchaîner les « trails »,  et si on prévoit de faire un trail de 5 ou 6 h, de partir à la pire heure : 13h ou 14h ! Il faut savoir qu’ici le soleil se couche plus tôt qu’en France et à 20h la nuit s’installe. Quant au sous-tif, c’est un sacré supplice ! La transpiration y est multipliée par je ne sais combien ! Le moins pire des vêtements, assurément, est l’habit ample. Je regrette de ne pas avoir emporté la sorte de boubou d’Asie de maman !

C’est ainsi qu’après plusieurs jours de petites privations de confort, nous nous offrons un camping « full hookup », c’est-à-dire connecté à l’eau et à l’électricité. Qui dit électricité illimitée, dit économie de gaz (plus besoin de faire tourner le générateur pour avoir la lumière et l’eau –qui nécessite une pompe à eau !), lumière à volonté (tout d’un coup, notre campeur s’est illuminé de l’intérieur de tous ses feux !), frigo, ordi, cafetière, grille-pain et climatisation ! D’habitude, il faut démarrer le générateur pour utiliser les 3 derniers éléments. En plus du bruit que cela provoque, le grille-pain ajoute de la chaleur. Il est donc impensable de l’allumer dans l’atmosphère étouffante de l’été que nous vivons… à moins qu’on n’ait la clim !!! C’est là qu’on abuse du confort : on grille les tartines, on refroidit l’air simultanément. Royal ! Complètement anti écologique ! Le summum du paradoxe, c’est que dans certains campings, il est précisé qu’ils ne veulent pas de linge qui sèchent sur le fil ! Le laundry est forcément équipé de sèche-linge ! Dans ce pays où le soleil sèche un jean en quelques minutes, il est aberrant de faire tourner ces machines ! Dire qu’en plein Béarn nous boycottions déjà le sèche-linge ! Il nous parait criminel de rajouter de la chaleur à l’air ambiant ! On installe donc un fil à linge improvisé en travers du camper, on éteint la clim’ une heure ou deux et on accepte de partager notre espace vital avec cette guirlande.

Il va sans dire que la vaisselle se fait tout à coup avec moins de réflexions, tout comme les douches ! Et donc avec plus de gaspi’. On est indécrottables ! Chassez le naturel, il revient au galop ! Je dis ça, mais ce n’est pas totalement vrai : le manque d’eau alentours nous fait trop mal au cœur pour en abuser.

Ces lignes sont plutôt difficiles à écrire depuis l’endroit où je les écris : ici, dans le Wyoming, il fait presque froid et un orage s’abat sur Bob the snail.

H. (27/08/2014)

4 réflexions au sujet de « Désert -Fin- »

  1. nen

    On a découvert ce phrasé qui nous a complètement épaté .

    J’en étais quasiment à me dire que je lisais un livre et je dois dire que j’attend tous les jours un nouveau chapitre!

    Pour sur, tu tiens ta reconversion Helena

    Bonne route

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  2. Cécile

    Toujours aussi passionnant !!!
    Ici il va se passer un truc fou : c’est la rentrée !!!!!! Les enfants sont impatients, notre train train va reprendre, et tant mieux…pendant ce temps votre mission est de continuer à nous faire voyager,rêver, et à nous enrichir de vos découvertes.
    Gros bisous à tous les 4

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    1. admin Auteur de l’article

      Contents que vous preniez cet évènement avec autant de plaisir. Ici, les nôtres ont eux aussi commencé leur classe (1ers cours de SVT, francais et maths).
      Bisous (encore des USA! -bientôt on passe au Canada!)

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